Oiseau de l’année 2020 : la Pie-grièche écorcheur

mm Neuntoeter DoniniCommuniqué de presse de BirdLife Suisse du 30 janvier 2020

La pie-grièche écorcheur, élu oiseau de l'année 2020 par BirdLife Suisse, a besoin de buissons épineux pour nicher et de prairies maigres abritant beaucoup d’insectes pour se nourrir. Afin d’assurer le maintien d’une population de pies-grièches écorcheur, ces éléments doivent être présents dans le paysage en quantité et en qualité suffisantes. La pie-grièche écorcheur est donc une bonne ambassadrice de l'infrastructure écologique et d'une agriculture respectueuse de la nature. En raison de l'utilisation très intensive des terres agricoles, les populations de pie-grièche écorcheur en Suisse ont diminué de moitié au cours des 30 dernières années. Photo: Patrick Donini

En ce moment, la pie-grièche écorcheur est dans les savanes de l'Afrique de l'Est et du Sud où elle profite de l’abondance d'insectes. Mais elle va bientôt se mettre en route pour la Suisse, où elle commencera à nicher dès la mi-mai – pour autant qu’elle trouve un habitat adapté.

Facilement reconnaissable à son bandeau noir, sa tête grise et son dos couleur rouille, la pie-grièche écorcheur était encore commune dans toute la Suisse jusqu’au début du 20ème siècle. Elle trouvait partout des haies comprenant des buissons épineux ou des rosiers sauvages et des prairies abritant une variété d'insectes tels que criquets, grillons ou papillons, ainsi que des petits rongeurs, des lézards et de jeunes oiseaux. Comme les insectes sont peu actifs par temps de pluie, la pie-grièche écorcheur a développé un comportement intéressant : elle se constitue des réserves en empalant ses proies sur les épines des buissons. C’est également dans les buissons épineux qu’elle niche, car ils offrent une protection idéale contre les prédateurs. Le mâle propose différents sites à la femelle qui choisit le lieu définitif de nidification. Une fois le nid construit, elle y pond 3 à 7 œufs qui éclosent après 13 à 16 jours. Les jeunes prennent leur envol après environ 15 jours et restent aux côtés des adultes durant les trois semaines qui suivent. Dès le mois d’août, les pies-grièches écorcheur entreprennent déjà leur voyage vers l'Afrique.

Une situation alarmante
Autrefois largement répandue, la pie-grièche écorcheur n’ai désormais plus présente que dans des sites exploités peu intensivement, notamment dans le Jura et les régions alpines supérieures.

Sur le Plateau, seuls quelques couples isolés subsistent ici et là en milieu cultivé. Dans le cadre des travaux d'amélioration foncière, à partir des années 1960, la plupart des haies et des groupes de buissons ont été rasés. En raison de l'utilisation massive d'engrais et de pesticides, des fauches de plus en plus fréquentes et de la destruction de nombreuses petites structures, les populations d'insectes en zone agricole se sont effondrées au cours des dernières décennies. Désormais, ce développement s’observe jusque dans les vallées alpines. En conséquence, la population de pies-grièches écorcheur a diminué de moitié au cours des 30 dernières années; c’est un signal d’alarme ! Les milliards investis dans l'agriculture par la Confédération favorisent une production qui ne tient pas suffisamment compte de la biodiversité, des sols et de l'eau. BirdLife Suisse appelle donc à une transformation de la politique de subventions à l'agriculture ainsi qu’au soutien et à la mise en place rapide d'une infrastructure écologique.

L’infrastructure écologique pour la pie-grièche écorcheur
Afin de promouvoir la pie-grièche écorcheur et, avec elle, de nombreuses autres espèces des milieux cultivés, il est nécessaire de disposer de zones centrales plus grandes, comprenant de vastes habitats naturels, qui offrent de l‘espace pour de nombreux couples. Entre celles-ci, il est important d’avoir des secteurs plus petits, accueillant des couples isolés, afin de garantir la connexion entre les populations. Cette combinaison de zones centrales et de zones de mise en réseau peut assurer le retour de populations de pies-grièches écorcheur viables.

La pie-grièche écorcheur est, pour cette raison, une bonne ambassadrice de l’infrastructure écologique. En 2012 déjà, le Conseil fédéral a décidé de mettre en place une telle infrastructure écologique pour sauvegarder et renforcer la biodiversité. Il est temps de passer à l'action. L'infrastructure écologique, composée de zones centrales et de zones de mise en réseau, est cruciale pour mettre enfin un terme à la perte massive de biodiversité dans notre pays. C’est pourquoi la nouvelle campagne de BirdLife Suisse 2010-2024 est axée sur l’infrastructure écologique.